Arranger les choses
Dispositif : désigne les procédures administratives, les choses, les technologies qui sont combinées pour produire un effet donné.
Mary Douglas et David Bloor attirent ici l’attention sur une caractéristique fondamentale des sytèmes de classification : ils émergent grâce à des institutions sociales et sont entretenues par elles. Tout en s’incrivant dans ce contexte plus large, notre approche dans ce livre est d’analyser avec une granularité fine les infrastructures informationnelles que sont les systèmes de classification, et de montrer ainsi comment elles sont simultanément représentatives du monde qui nous entoure, du contexte organisationnel dans lequel elle s’appliquent et de l’enracinement politique et social de ce contexte. Nous avançon qu’à ce niveau de granularité, ce que nous observons suggère davantage une coconstruction de la nature et de la société qu’une projection du social sur la nature. page 105
Les objets-frontières sont un moyen de gérer les tensions entre des points de vue divergents. page 363
Il faut du temps pour les objets deviennent naturels dans une communauté de pratique donnée. (voir les arguments de Bruno Latour dans la science en action pour une bonne discussion de ce point.) Pour une communauté, les objets existent en suivant une trajectoire de naturalisation. Cette trajectoire présente à la fois un caractère ambigu et durale. Ni la naturalisation d’un objet ni la durée pendant laquelle il restera naturalisé ne sont prédéterminées ; il faut une activité pratique pour obtenir ce résultat et le maintenir. Plus un objet est naturalisé, plus la relation qu’entretient la communauté à son égard et incontestable et le plus les circonstances contingentes et historiques de sa naissance deviennent invisibles, s’abîmant dans la mémoire de la communauté pour y être oubliées. page 371
Une façon de prendre soin : > Pour reprendre les termes de Nelle Morton, il s’agit “d’entendre pour parler” (hearing to speech), ce qui renvoie aux propositions suivantes :
Entendre pour parler renvoie à une nouvelle manière de parler mais aussi à une manière nouvelle d’entendre.
Entendre pour parler est politique.
Entendre pour parler n’est jamais unilatéral. Une fois qu’une personne est entendue à travers sa pareil, elle devient une personne qui entend.
Parler en premier afin d’être entendu, c’est exercer un pouvoir. Entendre pour faire naître la parole, c’est donne du pouvoir.
Une partie du propos moral de ce livre concerne la manière dont nous pouvons, par la remise en question et l’analyse de l’infrastructure, mieux nous entendre pour nous parler les uns les autres. Page 382
Définition d’une infrastructure frontière
Toute infrastructure opérationnelle sert simultanèment plusieurs communautés de pratique, qu’elle appartiennent à une seule organisation ou qu’elles soient réparties entre plusieurs organisations. Un sytème d’information hospitalier, par exemple, doit répondre aux agendas conjoints et séparés des infirmières, des archivistes, des agences gouvernementales, des médecins, des épidémiologistes des patients, et ainsi de suite. Pour ce faire, il doit mettre en jeu des régimes stables d’objets-frontière de sorte que toute communauté de pratique puisse communiquer avec le système d’information et en tirer les types d’objets informationnels dont elle a besoin. page 387
Image couverture : Google Deepmind sur Unsplash